Qu’avez-vous donc à cacher ?
Le très sérieux groupe travail européen “Article 29″ serait actuellement préoccupé par Google et par sa gestion des données personnelles qu’il collecte à travers ses différents services. Au point d’ailleurs de lui envoyer directement une lettre de convocation pour “discuter du problème” (voir ici). Cet évènement récent relance de nouveau le buzz autour des agissements de ce groupe industriel de l’internet et son activité de Big Brother… Knowledgeme se devait donc de réagir sur ce point pour réinstaurer un débat plus réaliste.
Tout a commencé en 2004 lors du lancement de Gmail avec son Go de stockage… Ces principaux concurrents de l’époque se sont vite empressé de lever leur bouclier en mettant en avant le manque de protection des données privés du système google : l’analyse automatique du contenu des mails pour proposer des publicités ciblées. Il est vrai que le problème est important et les débats de l’époque avait été nombreux sur l’utilisation de ces données. Des publicités ciblées dans un premier temps… et après ? Après, nous y voici, avec 3 années de recul pas grand chose de plus finalement.
Mais voilà, google ne fait ni plus ni moins du suivi utilisateur en stockant les logs d’activité, méthode désormais classique dans les nombreuses applications internet. L’intérêt est de pouvoir suivre les utilisateurs et espérer ainsi non plus les harceler de publicités inutiles, mais cibler plus précisément les offres. On pourrait d’ailleurs signaler que tout le monde fait cela. Amazon, avec son système de recommandations automatiques est d’ailleurs précurseur dans le domaine et possède des larges bases de données sur ses clients. Tout les FAI le font aussi de manière encore plus direct en interceptant toutes les requêtes qu’ils reçoivent… Soyons réalistes, aujourd’hui le développement de nouveaux systèmes, services ou simplement logiciels se doit de passer par une méthode de conception que l’on appelle le “user centric design”, soit littéralement la conception centré sur les utilisateurs. Pourquoi ? Simplement pour rétablir un vrai dialogue avec les utilisateurs d’un système informatique et on plus concentré le travail sur le traitement des données qui n’a en fait d’intérêt que si cela satisfait réellement un besoin utilisateur. Sans rentrer plus dans les détails, il suffit de comprendre que si l’on souhaite que les ordinateurs fassent ce dont on a besoin, il faut leur donner le moyen de comprendre ce dont on a besoin. Et rassurez-vous, si les méthodes avancées d’intelligence artificielle sont complexes, elles sont encore très loin (mais vraiment loin) de pouvoir “décrypter notre tempérament et d’anticiper nos comportements” (citation d’origine ici). Il s’agit d’une tâche incroyablement complexe qui nécessite bien plus que simplement les traces de vos activités sur le web.
Alors finalement qui est le méchant dans l’histoire ? Le problème est-il de faire ce suivi utilisateur ou de protéger efficacement les données ? On se rappelle bien la gaffe d’AOL l’été dernier qui avais “malencontreusement” mis en ligne ce données (piqure de rappel ici). C’est sans doute plus dans ce domaine que réside le danger : la protection de ces données et l’ouverture des systèmes qui les manipulent. Il ne faut pas limiter de tels systèmes, mais plutôt les faire rendre compte des normes de cryptage et de sécurité mises en place. Et puis bien sûr assurer un droit de regard pour permettre à l’utilisateur de savoir qu’elles sont les données qui sont stockées, comme pour l’historique du navigateur.
Et puis personnellement, cela ne me gêne pas franchement que google garde mes données tant qu’il veut, je n’ai rien à cacher. Franchement le gain que j’ai à utiliser au quotidien les services du géant de l’internet valent largement au change. J’en viendrait même à l’aider si cela pouvait me garantir de ne plus être spammé à longueur de journée. Pour ceux qui ne sont toujours pas rassurés, pourquoi ne pas se passer de gmail, et de google, d’internet, du téléphone, des cartes bleues, des chèques…
Note de Nicolas Guin (6 Juin 2007)
Une fois n’étant pas coutume, je ne suis pas totalement convaincu par la conclusion de Gérard.
Si l’intérêt du marchand est bien expliqué, je crois qu’il est réducteur de croire que l’intéret du client (nous !) sera forcément le même. LE modèle même de Google repose sur le fait qu’une publicité adaptée au client est meilleure à la fois pour le client et pour le vendeur. Je suis parfaitement d’accord. En effet, dans ce cas, tout le monde est satisfait.
Cependant, je trouve naïf de croire l’entreprise forcément du côté de ses clients. En forcant le trait, l’objectif d’une entreprise n’est-il pas de prendre l’argent de votre porte-monnaie et vous d’en garder le maximum possible ?
Qui plus est, outre ces objectifs contraires, n’oublions pas que la fin ne justifie pas forcément les moyens. Afin d’être parfaitement satisfait, devez-vous donner l’ensemble de vos informations ? Où passe la liberté individuelle ? Et pourquoi pas demain, laisser entièrement les systèmes de profiling client réaliser nos choix….
Je passe volontairement tous les épisodes de Big Brother rendus possibles par la seule existence de ces bases… Rappelez-vous que, sans aucun accord, l’ensemble des informations des voyageurs des compagnies aériennes européénnes (même le repas pris à bord !) ont été transmises au Pentagone pour la lutte contre le terrorisme… (à l’encontre de la justice européénne)
Oserions-nous qu’un pays non-démocratique collecte ces données à des fins de propagande ? Non, bien sûr. Mais le marketing n’est-il pas une version moderne et aussi efficace de la propagande.
Gérard a résumé la problématique : “les gains de ces services valent-ils l’utilisation de nos informations personnelles ?”. Ma réponse sera celle d’un passionné de nouvelles technologies qui connait l’immense possibilité que toutes ses innovations nous offrent :
Non, car les choix que l’ont fait pour nous n’ont jamais donné plus de liberté.
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